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Systémique
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Définitions ~
Interdisciplinarité ~
Outils ~
(Source : Pette Matthieu
- Mémoire de maîtrise d'aménagement - Université Montpellier 3 -
2003)
1 - L’approche systémique
L'approche systémique permet de rendre intelligible une réalité
complexe par la modélisation. Elle complète l'approche analytique et
permet, selon Jean-Charles Allain,
de faire apparaître plusieurs pouvoirs en interrelations : un
pouvoir public avec des aspects émotionnels et psychologiques qui
donnent souvent une image déformée du sujet, un pouvoir économique
qui est presque toujours le plus dominant, un pouvoir associatif qui
joue de plus en plus le rôle de contre-pouvoir, un pouvoir
médiatique et un pouvoir scientifique représenté par les experts,
mais leurs incertitudes légitimes sont souvent interprétées comme
une volonté de dissimulation, et des choix politiques. Tous ces
pouvoirs représentent les acteurs du projet, même si ceux-ci
n’interviennent pas dans le sens du projet.
Elle permet aussi de mieux déterminer les critères essentiels à
analyser pour optimiser le travail analytique. On évitera ainsi les
analyses inutiles. Cette vision systémique doit donc être présente
en permanence, en parallèle des études analytiques, mais aussi en
amont et aval de celles-ci.
Comme le souligne Jean-Charles Allain : « cette approche nécessite
de construire une représentation de la réalité débouchant sur une
schématisation avec un passage du concret à l'abstrait. Cette
démarche se situe toujours dans l'interdisciplinarité (interactions
entre plusieurs disciplines avec un regard croisé) voire la
transdisciplinarité (emprunter un chemin commun pour traverser
plusieurs disciplines et atteindre des objectifs communs
transversaux). »
Il existe différents types de modélisation et d'outils : l'analyse
par les parties prenantes, l'arbre d'objectifs, la matrice de
définition de système, les arbres de décision, le diagramme en
ovale, la matrice d'interaction, la méthode Mic-Mac, l'outil MACTOR,
l’analyse multicritère …
Pour comprendre et utiliser ces outils convenablement, il me paraît
nécessaire d’analyser d’où ils proviennent et donc de comprendre les
fondements de la systémique.
Le concept de système est tellement globalisant par essence que l’on
peut comparer celui-ci à un mode de pensée, à une philosophie, voire
à une idéologie. Je n’essaierai pas de vous montrer le bien-fondé de
cette théorie mais plutôt d’expliquer quelle est son histoire et
comment elle a influencé toute la pensée contemporaine sur
l’écologie.
Elle est en filigrane dans beaucoup de projets conduits aujourd’hui
et on peut se poser la question de savoir jusqu'à quel point la démarche systémique
est utilisée.
1.1
- Du réductionnisme à la macroscopie
Le XXe siècle, « siècle de l’accélération de
l’histoire », est aussi le siècle de la complexification.
La pensée cartésienne a régné en maître sur le siècle des lumières.
Comme nous le rappelle Jacques Lapointe,
professeur à l’université de Laval, elle énonce quatre grands
préceptes :
-
Le premier était « de ne concevoir jamais
aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment pour
telle », c’est à dire d’éviter soigneusement la précipitation et la
prévention…
-
Le second « de diviser chacune des
difficultés que j’examinerais en autant de parcelles qu’il se
pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre. »
-
Le troisième « de conduire par ordre mes
pensées en commençant par les objets les plus simples et les plus
aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés jusqu’à
la connaissance des plus composés ».
-
Et le dernier « de faire partout des
dénombrements si entiers et des revues si générales que je fusse
assuré de ne rien omettre ».
De ces grandes lois définies dans « le discours de la méthode » de
Descartes, il en ressort que pour comprendre un ensemble complexe,
il faut d’abord s’intéresser à ses sous-ensembles moins complexes
pour arriver à des éléments intelligibles. Une fois que chaque
élément simple est analysé, nous comprendrons alors les ensembles
composés par ces éléments simples. Cette méthode est séquentielle et
a engendré des matières extrêmement précises et des spécialistes
pour ces matières. Malgré l’efficacité incontestable de cette
méthode dans la progression des sciences, elle est incomplète et
elle se heurte régulièrement à la complexité. Plus la science avance
plus l’on prend conscience que les spécialistes sont très souvent
cantonnés dans des abîmes intellectuels qui leur sont propres et ont
beaucoup de mal à en sortir. Les langages et les méta-langages
émergeants de cette réalité sont un très bon indicateur de la
sur-spécialisation de notre époque. Chacun possède un corpus
linguistique général issu du savoir collectif mais possède aussi des
corpus spécialisés souvent en adéquation avec l’emploi ou les
passe-temps que l’on exerce. Ces réalités sont souvent à la genèse
de regroupements sociétaux par corporation, voire de comportements
agressifs entre corporations. On se retrouve alors au XXIe
siècle, siècle de la communication s’il en est, à ne plus pouvoir se
comprendre entre personnes de différentes spécialités. La
conséquence la plus néfaste de cette pensée scientifique
occidentale, non comptant d’avoir une efficacité limitée sur les
systèmes complexes, est surtout comme le pense Checkland
« l’incapacité manifeste, des pays les plus avancés sur le plan
scientifique, à résoudre les problèmes du monde réel ». Ainsi un des
grands penseurs de la systémique, Joël De Rosnay, propose de ne plus
se limiter à l’infiniment petit avec le microscope ou l’infiniment
grand avec le télescope et invente le « macroscope » (1975) pour
s’intéresser enfin à l’infiniment complexe . La systémique serait
une nouvelle méthode qui, à partir d’une remise en cause du
rationalisme cartésien hérité d’Aristote, peut nous permettre
d’adapter nos modes de pensées aux besoins du monde actuel et de
demain.
L’ensemble des découvertes à l‘origine de la systémique (Cf.
Historique), ont permis la création
de nouveaux outils conceptuels par le décloisonnement des
disciplines. Mais si ce paradigme s’est étendu à beaucoup de
domaines comme la gestion d’entreprise, la socio-économie, la
psychiatrie ou l’écologie, il reste finalement peu diffusé et
vulgarisé. Il est souvent fermé aux non-spécialistes, ce qui est un
comble pour une méthode qui met en garde sur les dangers de la
spécialisation. Joël de Rosnay et Edgar Morin font partie des
personnes qui tentent d’offrir une approche vulgarisée de ces
concepts mais au final, la plus grande des difficultés est de savoir
comment utiliser cette méthode dans notre vie de tous les jours ou
dans le cadre de notre travail ? Peut-être l’utilisons-nous déjà
sans nous en rendre compte ? Est-ce l’influence de ces grands
penseurs, en particulier sur le monde des sciences, qui a permis la
diffusion d’une culture de la globalité dans l’inconscient
collectif, ou plutôt dans l’éducation collective ? Par quels
mécanismes ces idées globalisantes se sont répandues ?
Nous devons, pour obtenir un début de réponse, comprendre
précisément les notions employées par les théoriciens.
1.2 - Le système
Sans une bonne compréhension de ce qu’est un système et des notions
de chaos et d’ordre employées fréquemment par les systémistes, nous
serions incapables d’analyser ce que diffusent les penseurs de ce
« nouveau discours de la méthode ». (E.Morin - la méthode)
Ces quelques définitions permettent d’avoir une idée de ce qu’est un
système :
-
« Un système est un complexe d’éléments en
interaction » (Bertalanffy)
- « Un système est un ensemble d’éléments en
interaction dynamique, organisés en fonction d’un but » (De Rosnay)
-
« un système est un objet qui, dans un
environnement, doté de finalités, exerce une activité et voit sa
structure interne évoluer au fil du temps, sans qu’il perde pourtant
son identité unique. » (Le Moigne)
Le système qui concerne beaucoup de projet est donc composé de deux
sous-systèmes :
-
Un écosystème, support physique du projet.
-
Un système socio-économique local
Ces deux ensembles sont eux-mêmes composés d’un grand nombre de
sous-système. Cependant ils font tous deux parties de deux grands
systèmes mondiaux que sont la biosphère et l’organisation sociétale
humaine. Il est important de choisir une échelle d’observation du
système et de ne pas prétendre à l’exhaustivité.
Jacques Lapointe nous fait remarquer que « ces notions de systèmes
impliquent une organisation, un ordre et une hiérarchie observables.
Elles englobent des propriétés telles que : l’émergence,
l’interaction, l’interdépendance, la finalité, l’identité et
l’évolution. »
Un système dégage donc des propriétés qui lui sont propres :
-
L’interaction: toute perturbation en un point
provoque une modification dans tout le système. On retiendra le
plus souvent la métaphore de « l’effet papillon » propre à la
théorie du chaos. La moindre modification sur un des éléments du
système peut provoquer des changements radicaux dans son
fonctionnement. On appelle cela des turbulences. Les jeux
d’acteurs subissent ces turbulences, pour des raisons qui souvent
nous échappent. La vie de tous les jours peut engendrer un
contexte rendant de mauvaise humeur une personne. Ceci qui peut se
ressentir à une réunion sur un projet, et s’il n’y a pas de
régulation de ces humeurs cela peut engendrer des conflits qui
n’auraient pas forcément eu lieu.
-
La non-sommativité et la complexité:
le système se définit par ses interactions et non par la somme de
ses éléments. L’interaction peut prendre des formes plus ou moins
complexes depuis le simple choc entre deux éléments jusqu'à une
conversation entre deux individus. La complexité est selon Mélèze
: « l’incapacité que l’on a de décrire tout le système et de
déduire son comportement à partir de la connaissance des
comportements de ses parties. ». Certains sous-systèmes du projet
sont tellement compliqués à décrire comme par exemple le système
de cavités karstiques, qu’il vaut mieux analyser leurs
interactions que d’essayer de décomposer les caractéristiques
techniques de chaque cavité espérant ainsi comprendre l’ensemble.
-
L’homéostasie (maintien de
l'équilibre) : Le système répond aux perturbations par des
rétroactions positives ou négatives qui visent au maintien de son
équilibre. Si une société est en difficulté financière, son système
économique est en déséquilibre car ses produits ne
correspondent pas suffisamment au marché. Pour le maintien de cet
équilibre, la société tente de diversifier ses produits et donc de
mettre une boucle de rétroaction positive en place, notamment par
la création de projet.
-
L’équi-finalité. : Un même problème peut être le
résultat d'un ensemble de causes différentes. Un événement pourra
avoir différentes conséquences, lesquelles ont toutes une cause
d'origine. Il n’y a pas de ce que les américains appellent « the
one best way ». Bertalanffy écrit : «Le même état final peut être
atteint à partir de différents états initiaux, par des itinéraires
différents. ». Il est donc important dans la gestion d’un projet
de ne pas se fermer ces différentes voies pour arriver à une même
finalité.
- L’ouverture : c’est la capacité d’un
système à échanger de l’énergie, de la matière ou de l’information
avec d’autres systèmes ou avec son environnement. Un projet n’est
pas fermé sur lui-même, il est échange permanent avec son
environnement, notamment avec les décisions politiques (au sens
large) des financeurs ou des professionnels
extérieurs au projet.
La propriété majeure reste pour moi la complexité car elle est
l’aveu que nous sommes incapables de prendre toutes les
variables d’un système en compte. Ceci renforce l’idée que l’on ne
peut réduire un système à l’addition de ses composantes et qu’il
faut plutôt étudier ses propriétés émergentes. Ainsi différentes
approches s’éloignant du déterminisme, dont la théorie du chaos,
font références à ces propriétés.
Thierry LOMBRY, auteur d’un site Internet sur l’astrophysique,
définit la théorie du chaos par l’exemple : « En laissant tomber une
bille du haut d'un cône, il est très difficile de savoir de quel
côté elle glissera. Seule une analyse de probabilité pourra nous
aider. Etant donné qu'il est déjà impossible de déterminer
l'évolution d'un système n'ayant qu'une seule composante, comment
peut-on imaginer maîtriser des phénomènes plus complexes ? » On
décrit généralement comme chaotique toute évolution ayant une grande
sensibilité aux conditions initiales. Dès lors « le déterminisme
n'est donc plus absolu, a priori. Il est en effet impossible de
tenir compte de tous les facteurs perturbateurs et même si cela
était envisageable il serait impossible de codifier leurs effets (eu
regard aux problèmes d'appréciation des quantités et ceux liés au
stockage de l'information). Il est donc impossible de déterminer le
degré de précision pour l'ensemble des conditions initiales et nous
devons dès lors accepter une certaine marge d'erreur dans les
prévisions. »
Certains chercheurs estiment que du chaos peut émerger une
organisation. Les systèmes auraient donc des capacités auto-organisatrices. Ainsi Henri Atlan a développé une théorie sur
« l’auto-organisation du vivant », vulgarisée sous le nom « d’ordre
par le bruit ». Ses travaux ont porté principalement sur l’émergence
de phénomènes ordonnés à partir de turbulences ou de fluctuations
chaotiques. Selon Pessis-Pasternak dans « Faut-il brûler
Descartes ? » « Edgar Morin défend l’idée d’un désordre
organisateur…Un univers gouverné par la logique, comme une machine
outil, serait en effet sans nouveauté ; mais un univers régi par le
chaos, incapable de s’organiser, serait également inapte à la
création. Nous devons donc considérer l’univers à travers une
relation complexe ordre/désordre/organisation. Si cette perspective
ne donne pas la clé du réel, elle permet de mieux en comprendre le
jeu. »
Ce nouveau paradigme est largement utilisé par Joël De Rosnay dans
son livre « l’homme symbiotique ». Il décrit ainsi les organisations
sociétales et les nouveaux rapports que l’homme cherche à avoir avec
son environnement.


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